m m ^ r^^îi^^ ^^^?^w.ismms,tmmim i m 479. SAINT-DOMINGUE ou Histoire de ses Révolutions, contenant : Le récit effroyable des divisions, des troubles, des ravages, des meurtres, des incen- dies, des dévastations et des massacres qui eurent lieu dans cette île, depuis 1789 jusqu'à la perte de la colonie. P., Tiger, s. d., in-16, br., de 108 pp. et 1 gravure repliée. (386) 80 fr. Edition ancienne de cette importante étude. fCtJixar^ p-nnnn |lnitreraita ^ The John Carter Brown Library 4^ ® . . ® ♦^ Brown University "^ ♦5^ Purchased from the *$• ^ Louisa D. Sharpe Metcalf Fund ^ ® © "^ ^ 108 ^ capitaine, qui fut tué ei dévoré aussitôt. Cet horrible sacriflce ne se renouvelia plus; mais un homme mourut et fut mangé. Enfin, les deux canots séparés l'un de l'autre eurent le bonheur d'être sauvés. Mais ces malheureux étaient plutôt des spectres que des hommes, tant les fatigues et les privations qu'ils avaient endurées avaient été longues et cruelles. Quant aux hommes restés dans l'île Elisabeth, un vaisseau fut envoyé plus tard pour les recueillir. Ils avaient pas- sé trois mois sur ce rocher, vivant de quelques oiseaux et de tortues de pas- sages. Le seul abri qu'ils trouvèrent fut des grottes, où ils découvrirent huit squelettes humains. Leur plus grande angoisse fut la privation d'eau douce. Il leur fallut souvent endurer la soif pendant cinq ou six jours, en attendant qu'il tombât quelques gouttes d'eau dans le creux des rochers; malgré tout, ils furent sauvés de cette triste position et allèrent rejoindre leurs compagnons qui les attendaient à quelques lieues de là. FIN. Inipr. de l'oLLET, Soupe e{ Gtinois, rue Saiiil-Dnnis, 5So. ■^ms^ :^1BSSSL'. ---3»^ ÉiMiB :jk.. J/h iV/J/i' //ffliïjl^. SAINT-DOMINGUE OU HISTOIRE DE SES RÉVOLUTIONS; CONTEKANT Le récit eff'rojable des divisions , des troubles , des ravages, des meurtres , des incendies , des dévastations et des massacres qui eurent lieu dans cette île , depuis 1789 jusqu'à la perte delà colonie. A PARIS, Cli«z T I G E R , Iinprimeur - Libraire , riw iW Petit-Pont , n» I o. ±y PIWER LITTÉRAIRE; On trouve clier. le même Împrîaieur-Libraire les ouvrages ci-après, coBcernnnt les guerres , ba- tailles, couibats , victoires, etc., des Français. Batailles , combats et victoires des Français en Espai^ne et en Portugal, i volume. En Al!eir^as;ne et en Belgique , i volumeé. — En Autriche et en PoIo;;ne , 2 volunies. En Egypte, en Syrie et en Palestine, i vol. En Holiande, en îtalieet en Allemagne, i vol. — En Russie , i volume. En Saxe , 1 volume. Invasions et siégi^s de Paris , etc. , i vol. Révolutions d' Sainl-Domingae, 1 vol. Débarquement dans cette îie , i vol. Révolmion d'Espacne , 1 vol. — deT^a|des, i vol. Guerre de la Vendée , 2 vol. Morean; sa vie, ses exploits militaires, etc. Pichegrii ; si vie, ses taîens militaires, etc.; 1 vol. Vie du maréchal Ney, contenant des détails inté- ressons. — Son procès : 2 vol. Vie d'Athanase Charrette, général vendéen; r vol, Henri de LarochejaqHelain, générai en chef de l'ar- mée d'Anjou: suite de la guerre de la Vendée, i v. Tuffin de \i Kouarie , général des chouans: suite de la guerre de ia Vend,éc, i vol. Le Siège de Barcelonne , i volimie. ^es Conquérans du Nouveau-Monde, ou Histoire de Chris'ophe Colomb et de Fernand Cortez , traduit de l'anglais, 2 vol. Les Flibustiers, en 8 volumes, qui se vendent en- semble OJi .'séparément. Les douze Césars , 1 vol. I vol. PAKIS, DE L'IMPRIMERIE DE TIGER. V«^ï^^'>S^«%&^!S^^!©i^^'5^^^^^'^^^^5S^^^'!!^'%^^^ PREFACE N. ous croyons indispensable, avant que de donner un pre'cis exact des révolutions ' de Saint-Domingue, défaire connaître cette île sous plusieurs points de vue diffërens ; sa de'cQUverle , sa topographie , et son his- toire. C'est à Christophe Colomb qu'on est re- devable de sa de'couverte ; il l'aperçutpour la première fois en 1492. Elle était habite'e par une nation dont la douceur des mœurs rejetait cette énergie, pour ne pas dire fé- rocité , et cette activité si naturelle aux peuples du nord. Saint-Domingue était partagé en cinq états indépendans , dont chacun était gouverné par un cacique : ces cimj caciques avaient des autres subordon- nés qui les suppléaient dans leurs fonctions. Une partie de l'ile s'appelait Haïti ; elle fut aoinmée par Colomb, Hispaniola ^ ou A 2 (4) petite Espagne. La denominatfon de Saint- Domingue lui fut donnée par les Français, du nom de sa capitale. / Des aventuriers français , anglais , allo- mands , etc., aussi audacieux qu'intre'pi- des , connus sous le nom de Flibustiers et de Boucaniers, furent le premier nojau de la population française à Saint-Domingue. L'île Saint-Domingne s'étend du 71e au 77^ degré de longitude, et du 18^' au 2o« de latitude. Sa longueur est , du levant au couchant, de 160 lieues ; sa largeur moven- ne de 5o , son circuit de 56o , et de "^600 en faisant le tour des anses. Elle était par- tagée entre les Français et les Espagnols * mais ceux-ci possèdent la portion la plus étendue; négligeant les cultures, leur principale richesse est dans de nombreux troupeaux, dont ils font un commerce très-lucratifavec leurs voisins. La partie française était divisée en trois provinces; celles du nord, de l'ouest, et du sud. La rivière du Massacre séparait , au Hord de l'ile, les possessious des deuspuis- ( 5 ) «accès. EnlreceUerivière et la vilîe au Cap, sont les quartiers et villes ou bourgs d'Ona- «amjnthe, du fort Dauphin , de Limona- de , du Trou , du Morin , de la plaiue du ^ord , de la Grande-Rivière , de la Souf- fnere,duDondon, de la Pelile-Anse, et de la Marmelade. Entre le Cap et la ville de Port-de^Pa^x , «eparee de l'île de la Tortue p.r un canaî , oii voit les quartiers de l'Acul , du Port- Margot, du Limbe, de Sainte-Anne, da Borgne, de Plaisance, et du Gros. Morne. Sur le rivage septentrional, on dislingue abaiedexMoustique,lapointeetlequar- t'^r de Jean Rabel , le môle Saint-Nicolas, et a colonie allemande de Bombarde: au sud-es| du môle sont la baie et les quar- tiers des Gonaïves,de l'Artibonile , de Saint-Marc, des Vases, de Mont.Louis, de I Archaïe , de Boucas^in . du Port- ^u-Pnnce, du CuKde-sac de la Croix- des-Bouqupts , des grands Bois , des Ve- rettes, du Mireî>aiais , du Tapion , de la i'eli te- Rivière et du Petit-Fond. AS m I É ( 6 ) Le Port-au-Prince (i) est situe' au fond ^'un golfe. Sur la cèle sont les quartiers du Lamantin , de Léogane , au grand et petit Goave , de Nipes, de Miragoane, des Baradaires , des Caïniites et de la Grande- Anse, dont le cbef-îieu e'iait Jere'mie. La province du sud comprend les quar- tiers de Tiburon , de l'anse des Anglais, des coteaux, du Port-à -Piment, du Port-Salut^ de la pointe d'Abacou , de Torbec , des Cajes , du Fond , de Cavailion , de Saint- Louis, de Bcuet, d'Acquin, de Jacquemel, du Sale-Trou et des anses à Pitre. La population de la partie française de Saint-Domingue se montait, en 1789,3450 et quelques mille noirs , et 60,000 blancs, y compris les femmes et les enfaus. Indé- pendamment des populations blanche et noire, il en existait une troisième composée de tous les nègres, mulâtres, ou quarterons (i) Le Port-au-Prince était autrefois la capi- tale de toute la partie française , et le siège ds gouvernemenl. ( 7 ) libres , formant alors «nr classe intermé- diaire ^csigtiée sous le tîom àliommes de touleur. Sainl-Dominsrue était alors administpë par un gouverneur général et vtn inîendanf, nommés par le roi^ et dépositaires de sou autorité. Outre ces deux ofHcierson magis-- trats supérieurs, qni avaient sous eux un grand nombre de subalternes , qui les re- présentaiem dans les villes et dans les com- munes, il existait er)Core un contrôleur de la marine, spécialement chargé de la surveillance de l'emploi des derniers du fisc^ et dont le consentement et la signature étaient indispensables pour toutes les dé» penses au compte de TElat. îl y avait en outre une représentation coloniale, qui était appelée auprès des cbefs du gouverne^ ment, toutes les fois qu'il s'agissait d'asseoir et de répartir l'impôt, et des tribunaux, pour administrer la justice. Nous n'examinerons point ici si les pou- voirs adîninistralifs et judiciaires, sans se froisser alternativenient, agissaient dan^ A4 «laaac-ii—n i t,i (B) une parfaite harmonie , et si la somme des abus ne l'emportait pas sur celle du bien. La tâche que nous nous sommes imposée, est celle de retracer les faits d'une rëvolul tion dont le result;jt, pour la France, a été la perte d'une colonie dont elle retirait les plus grands avantages. 1 >ti V«!S ^ess^UBSsofm ^<:Si£^m'^m^M SOMxMAIRE. WWWVIV Préface. —Descnpiion de Hle âe Saint -Do- niingue.— Premiers inaibies du Cap. — Divi- sions intestines.— In«urrections des mulâtres. -^ Supplice d'Ogé. - Arrivée d une station fran- çaise au Port.au-Priuce. — As.^assinât de M. Je chevalier de Mauduiî.-M. de BJanchelandenom- mé gouvrrneur-genéral de Saint-Doœingue. — Assemblée coloniaie. ~ Révolte des esclaves. — Divisions entre 'e gouvernement et l'assemblée coloniale. — Trouhîes au Port-au-Prince, — Incendie de cette ville ~ Attentats commis par les hommes de couleur. —Campagne du Limbe et de l'Acul. —Mort du chef nè^re Oouk- msn. — Arrivée mu Cap de MM. de Mirbeck, Boume et Saint-Léger, cmmissaiîes du Roi Leur entrevue avec le citef nègre Jean-Fran- çois, -f Journée du 27 mars. — Déportation de tous }ës officiirs de la garnison du Poit-au- Princc. — Troubles dans la ville du Cap. — Désastres de la province du Sud. — M. d'Es- parbès, nommé gouverneur -générai de Saint- Domingue, h la place de M. de Blanchclande. — Arrivée au Cap, des commissciires Sanlhoaax,- Ailbgud et Polverel. — Établi.srment à\m. A5 R<£>ai4&3BQa (tlf elub. Arrivée de M. de Rochambcau auCàp. — Journée du 19 ociobre. — Révolutioti totale dans l'administration de la colonie. — Desti- tution de tous les fonctionnaires publics. — M. de Rocbanibeau attaque les révoltés au fort Dauphin. — Journée du 2 décembre. — Con- duite des commissaires civils. — Expédition de la Grande-Rivière. — Prise du fort de la Tan- nerie. — Nouveaux succès des blancs. — Les commissaires Santhonax et Foîverel arment contre le Port-au-Prince. — Défaite des mu- lâtres à Jércniie. — Déportation d'un grand nombre d habitans du Port - au - Prince. — Victoire remportée sur les mulâtres, h la Grande - Anse. — Arrivée au cap du nouveau gouveraeur général G&îbaud. — Machinations infernales de ^Santhonax et Polverel. — Destitution de Gal- baud et de son frère. — Prétentions des mu- lâtres. — Le gouverneur général se met à la tète d'une insurrection. — Combat dans le» rues du Cnp. — Inciindic de cette viHe. — Les blancs, obligés de fuir de Saint-Domingue, et de se retirer aux Etats-Unis. — Proclamation d« la liberté des noirs, par Sanibonax et PoîvereU Sti3ï«5il«l RÉVOLUTIONS ' DE SAIN T-D O M I N G U E, uvwvwvwv AiNT-DoMiNGUE^ a» Commencement de ïjSç), maigre les rivalités de son gouver- nenr-geiiëral et de son intendant , et les ja- lousies si naturelles aux liofijmc^ en place (jiii la goiivernaienl^ jouissait de la tranquil- lité', lorsqu'un navire de Nantes, débarque- dans l'un de ses ports , au mois d'octobre de la même année, apporta la nouvelle de la révolution cjui venait de s'ope'rer en France, et de la prise de la Bash'lle. Cette Bouveile développa à l'instant le fermenjfe; re'voiutionnaire qui e'tait, pour ainsi dire ^ comprime sous le despotisme des agens du gouvernement ; la cocarde fut ar— bore'e , et d^s actes de violence furenfe cxerce's contre des individus qui n'avaienÈ point pris ce signe de ralliement. Comme en Franco , on déclama ouvertemenÇ. contre les privilèges, les préjugés et le despotisme des colons^ on parla haute- ment de liberté' devant des esclaves , ne demandaient q^.i'i Lris^r leurs fers^ m ^^ASWjbiK2a ( Î2 ) Bierilol après des representaus cle Saint- Domingue farent admis aux etats-gene'- raux , et des cahiers de doléances furent rédiges et apportes par ces nouveaux ëlus. Cependant , une inquiétude sourde agi- tait tous les esprits. Les inlrigans qui ne respirent que les troubles et les divisions , essayaient de jeter dans toutes les villes de la colonie les brandons de la discorde ; leurs tentatives malheureusement re'us- sirent. Plusieurs colons du Cap furent obli- ges de^ se cacher ou de fuir , et même un d'eux fut assassine aux Cajes, sous prétexte qu'il appujajt les prétentions des hommes de couleur. M. de Marbois , qui résidait au Port-au- Prince , informé de ce qui se passait au Cap , crut prudent de s'embarquer pour ïa France; et M. de la Mardelle, procureur général , alla se réfugier sur une habita- tion au Cu!-de-sac. Au Cap^ commeauPort-au-Prince, l'in- surrection prit un caractère alarmant , des comités avaient été formés. Des dé- putés nommés par les paroisses réunies à * Samt-Marc , prirent la dénomination d'aâ- semblée de la partie française de Saint-Do- îningue. Les prétentions que cette assem- blée affichait causèrent sa perte : 85 de ses membres partirent pour la France. L'assemblée nationale de France n'eut pas ( i3 ) plutôt proclamé les Droits de Thomme que les mulâtres commencèrent à s'insur- ger. Dans la nuit du 28 au 29 octobre 1790, trois cents d'entre eux descendirent des hau- teurs de la Grande-Rivière , et parcoururent successivement toutes les habitations des blancs j qui furent injuriés et desarmés, et l'un d'eux fut massacré. A leur tête était un mulâtre nommé Ogé , qui avait pris le nom de colonel-général. Cetteiîisurrectionn'eut pas de suites j car son chef et un nommé Chavannes son adjoint sjAi.l été pris , ex- pièrent leurs crimes sur la roue , et dix* neuf de leurs complices furent pendu^. Le feu de la révolte ne se borna pas à la province du nord. Au Mirebalais , il j eut des rassemblemens nombreux d'hommes de couleur, et dans la province du sud des attroupemens qui furont dissipés par M. Mauduit , colonel du régiment du Port-au- Prince. Les décrets de rassemblée constituante de France n'ajant pu parvenir à faire roi?- trer dans l'ordre les espriti des iirsnrg'és et favoriser les intentions pacifiques des as- semblées provinciales , des troupes furent embarquées pour la colonie ; la station arrivée au Port-au-Prince , agitée et pous- 563 par les factieux qui , dans tous les quar- tiers delà ville, avaient déjà fait entendre les irjoîs de régénération et de //^6^/te',se meten Kfiss-ii:^]»» ( I4 ) ^ îrebelKon ouverte. Les froupe& cléscencfent à terre et viennent par leur pre'sence aug- menter le tumulte et le desordre: le peuple court aux armes j le régiment du Porl-au- Frince abandonne son colonel, qui fut mas- sacre par les séditieux , le 4 mars 1791. Ces meurtres et ces assassinats n'étaient que le prélude des crimes et des horreurs qui devaient souiller le territoire de Saint- Domingue. Le 2,0 août 1791 , la re'volte des noifs e'cinta sur mie habitation nom- me'e la Gosseitc , par l'assassinat du ge'rant nomme Mossul. A l'Acul , une bande de ces mise'rables avant à leur tête Boukman ^ se répandit comme un torrent dans cette paroisse. Ce nègre , dont l'ame cruelle ne respirait que le sang , la to-rche d'une maiiS' et le poignard de l'autre, massacra impi- toj'abîemcnt tous les blancs échappe's à la fureur des flai-nnes. Son maître lui-même fut égorgé sans miséricorde dans les bras de sa femme éplorée , qui fit de vains ef- forts pour le soustraire à la vengeance de ces cannibales. Malgré les mesures vigoureuses qu'on prit au Cap pour arrêter le de'bordemeut de ces furieux , dans la nuit du mardi au mercredi 25 août , ils se portèrent sur la Petite-Anse ; leur rage s'exerça sur l'habita- tion Choiseul, où ils mirent le feu et brà- îèrentuîi nègre domestit|;Ue. Delà, passasè ( i5 ) Sur celle des Pères de la Chante , ils inceiî- dierent les cases à Bagisse, et massacrèrent sans pilie le gérant; d'autres habitations furent livre'es aux mêmes horreurs. Enhardis par leurs succès , ces nègres rendus plus (eroces parles excès du vin et des liqueurs spiritueuses , s'avancèrent vers le haut du Cap où ils furent arrêtes par le canon ; ce qui ne les^ empêcha pas de porter le fer et la flamme dans diveri^s Ita- Mtations , et dans les paroisses de l'Acul , de la plaine du Nord et de la Petite-Anse , qui n'ofFrireiU bientôt plus aux regards épouvantes qu'un monceau de cendres. Il est difficile de se figurer les troubles , la de'solation , les dévastations et les incen- dies qui marquèrent les pas de ces brigands. On n'était encore qu'au 4e jour de la ré- volte, et déjà tous les blancs de dix paroisses dépendantes du Cap , étaient ou égorges ou mis en fuite j la flamme avait dévore plus de cent sucreries; le Cap étaitnienacé du même sort. Un détachement de troupes sorti de celte ville , atteignit les incen- diaires et les massacreurs de TA'cul , elles poussant vers la baie , les enveloppa entiè- rement. C'ëtaif le moment opportun d'exer- cer une vengeance terrible contre ces nè- gies devasl;!»Hi ^ ( 17 ) et Ifes. Je connais aussi bien que personne « le danger de notre position et la faiblesse « de nos moyens ; je sens comme vous la (c nécessite de conserver la ville ^ je n'i- « gnore pas qu'une craînte juste etsalu- « taire nous a jusqu'ici empêches d'en « sortir j mais on peut faire cesser cette « crainte. Que dès demain un ordre au- « quel on ne pourra se soustraire, oblige « de remettre tous les nègnes mâles à un « corjjs de troupe ^ sous l'escorte duquel u ils seront conduits à bord d'un nombre « de bâtimens suffisant pour les contenir; « que ces bâtimens soient places sous la u vole'e de nos vaisseaux de guerre, qu'on « pourvoie à tous les besoins des détenus , « qu'on les avertisse que cette sevërile' «n'est qu'une mesure de précaution , qui « cessera dès qu'elle ne sera plus neces- « saire. Une fois tranquilles sur le sort de « la ville , de nos femmes et de nos enfans, u marchons aux re'vollës j que la terreur « et la mort nous précèdent, et jurons de « ne rentrer que lorsqu'ils serontsoumis , « ou qu'ils auront été extermines I Ce discours dans lequel les avis les plus sages et les plans les mieux combines étaient développes , ne fit aucune sensation sur les assemblées coloniale et provinciale. Après avoir exige de M. de Blanchelande , gouverneur de Saint-ï)omingue, de donner B?.'SW3 \ ( i8 ) tens ses soins à la sûreté de la ville , oti arrêta la formation de trois regimens de f^arde soldée , on établit une comrnissior prëvôîale ^ on augmenta les droits d'octroi et on fit plusieurs autres re'glcmens , qui ne sauvèrent point le chose publique. Cependant , au milieu de toutes ces délibérations, les ravages et les incendies des habitations avaient toujours lieu. La fureur des brigands se raUentit néanmoins un instant après l'incendie du quariiei Morin et de Limonade , mais ce ne fut que pour s'accroître et prendre de nouvelles forces. Tous les efforts qu'on opposait au5 révoltes, n'avaient contribue' qu'à les aguer- rir. Pour venger leurs pertes , ils massa- craient les blancs prisonniers , et incen- diaient les bâtimens encore existans sur le; habitations. D'ailleurs on ne pouvait obte nir de succès décisifs , parce qu'ils avaien toujours la ressource de 1a fuite dansle; montagnes. Un nègre nomme Jeannot , se signala î cette e'poqne par sa cruauté' et sa férocité' Chasse de l'habitation Bullet où il s'etai' cantonne avec sa troupe , il mit à feu et ; sang tous les endroits par où il fuvait. L» sang même des nègres ue fut point e'par gne, et il e'gorgea de sa propre main 60 pri- sonniers blancs. Un habitant de la Graude Rivière fut aussi massacre avec ses huitea^ ■HP SiS@ëS3Sji^1 fans. Un négfe qui était son parent et son »rni , et devenu son postillon , pour n'avoir pas attendu ses ordres pourdételer des che^ vaux, fut tue d'un coup de pistolet par ce monstre avec le plus grand calme. L'assemblée coloniale avait envoyé à la Jamaïque deux commissaires pour obtenir des secours. Ces secours se réduisirent à un vaisseau de 5o canons , qui établit sa croisière sur la côte de l'ouest, et à trois frégates anglaises qui vinrent mouiller au Cap , ayant à bord 5oo fusils et quelques munitions de guerre et de bouche. Deux rëgimens avaient e'ie promis , et ne furent point envoyés. Les Anglais étaient trop intéressés à la perte de nos colonies, pour nous donner des secours réels. Cette même assemblée avait fait des dé- marches auprès du président de Santo- l>ommgo. Les HTspagnols , qui étaient aussi bien disposés que les Anglais, firent aux commissaires une réponse équivoque, qui ne permit pas de compter su^reux. Dans cette position critique de l'assem- blée coloniale, le feu de la révolte qui avait paru s'assoupir, se ralluma de nou- veau. Les nègres recommencèrent leurs excursions. Le féroce Jennnot, poursui- vant le cours tle ses horribles succès, envahit successivement la paroisse du Dofidon el le quartier de Sans-Souci, où •^ i ( ^o ) il fit brûler les liabilations et massacrer les habitans. A l'ouest et au sud, les mulâfres, toujours rassernble's et eu armes y menaçaieut de se porter aux dernières extrêsriiles. La divi- sion qui existait entre les agens du gou- vernement et l'assetnble'o coloniaie, en- tre les colons et les, amis des mulâtres , s'opposa à ce cpi'on pût prendre des précautions contre le torrent prêt à se déborder. Il fallut donc recourir aux voies de conciliation , et un concordaf fut signe' par le? mulâtres, d'tirie part, à la Crois des-Bouqnots avec plusietirs com- munes; concordat favorable aux hom- mes de couleur et humiliant pour la classe blanche : concordat qui fut ratifié même avec des conditlofis encore pics avantageuses, par l'assemblée du Port-au- Prince. L'égalité entre les deux castes ea faisait la base , et la dissolution de rassem- blée coloniale en était la prernière condition. Ce traité fut conclu le 7 septembre «791. On ne doit pas dissimuler que les dé- crets de l'assemblée constituante et ceux de l'assemblée législative relatifs à Saint- Domingne , et rcndi-.s d'après l'esprit des différent partis qui ^ divisant ces assem- blées, ignoraient absolument à cette épo- que le véritable éla« de Saint Domingue , contribuèrent beaucoup à y entretenir .iOMM dîSBSsmmrju ( 21 ) le feu de îa revo'te, ol o flîviser les co- loris sur leurs propres iriiorôls. Le calme un moment rr'tnb!) par le con- cordat passe' au Port-au-Priiice , accrut en- core la mesintcîîigence enlre l'assemble'e coloniale et le gouvernement. M. de Blan- chelande n'avait point la (ête assez forte pour résister aux pre'teutioriS de l'assem- ble'e, et à celles des factieux qui ne cher- Icbaîenl qu'à semer le troubleet la division; en outre, ses disposilionsmililaires n'e'taient ■ pas faites pour lui mériter la confiance Ipublique, rt sa conduite dans l'attaque Ides camps Galiffet et d'Agout sembla, pour ainsi dire , prouver qu'il s'entendait avec les nègres , pour brûler les habitations ap- partenantes à des blancs. llscmblait qu'un esprit de vertige avait tourne toutes les têtes. L'assemblée colo- r.iale tint une séance extraordinaire, oii l'exage'ralion des principes démagogiques , elles sourdes menées de l'intrigue triom- phèrent des sages conseils de la prudence et de la bonne foi. Après avoir vainement implore' l'assis- tance des Anglais et des Espagnols , ras- semblée coloniale du Cap prit le parti de s'adresser aux autres colonies françaises pour obtenir des secours. En conscc[uence'^ vn aviso fut expédie à la Martinique; mais cet avis arriva trop tard. Le gouverneur .( 22 ) de cette île venait de renvoyer deux ou trois bataillons et autant de compagnies d artilleurs, n'ajant garde auprès de lui que le nombre de troupes indispensable pour la sûreté et la tranquiliifé de la colo- nie. Cependant, il fit partir pour St.-Do- nvnejue le vaisseau VÉole et la frégate la Didon, soos les ordres de MM. Girardia et \ îllevielle. Les commandans de ces bâ- timens, à leur arrivée, devinrent suspects: 1 insurrection se manifesta sur la frégate , et le plus grand tunanîte régna dans la ville! Les deux commandans furent destitués, et M. Girardin fut obligé, peu de jours après, départir pour la France. De nouveaux troubles survinrent aa Port-au-Prince. La division qui subsistait toujours entre les blancs, les mulâtres et les hommes de couleur , amena de nouvelles scènes d'horreur. Un violent in- cendie éclata tout-à-coup aa èentre de la ville à la suite d'un combat qui força les mulâtres d'en sortir. Cet l'ncendie qui dura 24 heures , et qui consuma la moitié de la ville , fut attribué aux gens de couleur, et ensuiîeauxnégocians qui, dit-on, dans le dé- rangemerat de leurs affaires, pour éluder la rigueur des lois , avaient cru cet expédient propre à les libérer envers leur créancieri. Sous le prétexte de poursuivre les mulâ- ta-es postés à la Croix-des Bouquet*, l«a ■^axfiiLyù% ïïSgçsassa^wa , ( 25 ) prétendus patriotes et les plus factieux des bataillons d'Artois et de Normandie, firent dans cette paroisse une excursion , d{ins laquelle ils pillèrent et saccagèrent plu- sieurs habitations. Les attentats des mulâtres ne furent pas moins violens; 40 blancs furent assassinés par eux dans un fort; on en trouva un f^rand nomdre d'égorgés sur les chemins. Une femme de Jérém'ie, enceinte de six mois , fut massacrée par ces forcenés qui , après avoir mutilé son corps, écrasèrent entre dêux pierres l'enfant qu'elle portait dans son sein. Un des ces monstres , arra- chait avec un tire-bouchon rougi au feu lesjeux des blancs qui tombaient maiheul reusement entre ses mains. Au mois de novembre 1 791 , M. de Blan- chelaride entreprit une expédiîion contre les nègres révoltés. Secondé des gardes nationales et des mulâtres de la province du Nord qui se trouvaient au Cap , il fit par- tir 600 hommes pour le Port-Margot , et deux jours après , une force égale pour l'Acul. Le commandant du Port-de-Paix s'avança en même tems vers Plaisance, à la tête d'un détachement. Celte expédition, bien concertée, eut le succès qu'on devait en attendre. Les nègres attaqués sur plusieurs points, furent battus partout. Le poste Alquier fortifié par des rouan c h cm en s et i Sx ^ ^ ( 24 ) ^ garni d'artillerie, fut emporte de vive force, et 60 prisonniers blancs etitasse's daos une e'glise derrière ceposle, furent soustraits à la rage des nègres qui les auraieut mas- sacre's sans pitié. On se rendit maître en inêmetems du Limbe', et du carap-Lecoq, situe' au bas des montagnes de celte pa- roisse. Cette journe'e fut termine'e glorieu- sement parla mort de Boukman , l'un des chefs les plus sanguinaires de lare'volte, qui fut tue' d'un coup de pistolet à bout portant par un dragon. A cette époque, le 28 novembre 1 791 , MM. de Mirbeck, de Saint-Le'ger et Rou- nie, nommés par le Roi et agréés de l'as- semblée nationale pour aller rétablir l'or- dre et la tranquillité à Saint-Domingue, arrivèrent au Cap, sur la frégate la Gala- tee. La chose n'était pas facilej l'assem- blée coloniale qui voyait que la commis- sion civile agissait avec circonspection, Xont en appuyant les mesures du gouver- nement, chercha à l'entraver. Les factieux dont cette même commission déroutait les intrigues et les complots, s'agitèrent en tous les sens pour contrarier ses vues, et s'opposer au bien qu'elle aurait pu faire. Quoi qu'il en soit, lorsque les révoltés eurent appris l'arrivée de la commission civile, ils renouvellèrent les propositions qu'ils  (25) qu'ils avaient faites à l'assemblée celo- niale , qui les avait rejeîées. On avait appris que Jeannot qui s'était signale par des cruautës inouies , avait ële fusille par ordre de Jean-François, autre chef de nègres j et que ce dernier , las d'une fîuerre qui ne pouvoit que se prolonger , desirait la terminer; ce qui fut coniirmi par une lettre qu'il adressa à la commission civile , dans laquelle il sollicifait une eo~ trevue avec les commissaires. Cette entre- vue qui lui fut accordée , eut lieu à l'habi- tation Saint-Michel. Il promit aux com- missaires de rétablir la tranquillité dans la province du Nord , si on lui assurait ia vie et la liberté. Ceux-ci lui garantirent Tune et l'autre, en lui donnant les plus fortes assurances que , s'il tenait parole on onbherait le passé, et qu'il n'aurait plu* désormais qu'à se louer des procédés des blancs à son égard. Ce chef se retira ensui- te vers les siens , dans l'intention d'exécuter ce qu'il avait promis aux commissaires , et pourleurendonnerunepreuve, ii renvoya le lendemain au Cap vingt à vingt-cing prisonniers blancs. Biassou, autre chef des nègres , et aussi puissant que Jean- Fran- çois , demanda aussi une entrevue qui lui lut assignée pour le surlendemain. Mais dans.ée courtintervallede tems , les choses changèrent tout-à-coup de face; l'euireviiâ St.^Domingue. g ( 26 ) n'entpaslieu , et ces deux chefs recommen- cèrent leurs hostilités. Bicrstot les re'voltes commandés par Jean-François attaquèrent dans la nuit le poste d'Oiianamjnte , qui défendait la riche plaine de Maribaroux. L'entréedeceposteleurfut facilitée par les les hommes de couleur , qui composaient une partie de la garnison. L'obscurité , qui favorisa cette attaque, fut la cause de la perle des blancs , qui , accablés par le nombre de leurs ennemis , se réfugièrent dans l'église , oii ils espéraient opposer queJque résistance: vain espoir ! ils j fu- rent poursuivis et massacrés sans pilié. ï)'ar)rès le tableau. que nous venons de tracerVie la situation déplorable de Saint Domingue , et d'après le choc iournalier des factions qui ne, tendaient qu'à un bouleversement général , il restait peu d'espoir de sauver une colonie dont on cherchait à rompre, tous les liens avec la métropole. Cependant, sur ces entrefaites arrivèrent succesivement à peu près 6000 hommes de troupes envoyées par le gou- vernenient français. Mais la désunion qui régnait entre le g-ouverneur général, M. de Blanchdande , et l'assemblée coloniale , ne permit pas de tirer un parti avantageux de cette force armée , destinée à éloufFer ]a révolte dans le nord, et non à faire la gaerre aux mulâtres dans les provinces Q i'eueil et du sud. ^,^^ÊÊÊÊÊlS3mSS!SiiSS^fiiSirt ( 27 ) Bientôt le Haiit-Cap aynnt e'te attaque par les révoltes , Tasscmblee se rëtiaiî aus- silôt dans la î-.î:lle de ses séances : 27 Mars 179?. ) ; l'on cournl aux artiies , i;l i'oo se répandit dans la ville en vociférant contre les aristocrates , dont il fallaii à tout prix , disait-on , se défaire , avanl de marcher au secours du ilsut-Cap , Dans l'assemblée , le tnmiiUe el le de's or- dre e'taient à leur comble ^ îjîi oraîeur s© lève, et après être parvenu à obtenir quel- que silence , il s'exprime ainsi: « Les efïets de nos maux dureront tant « cjne vous en laisserez subsister la cause. « Depuis sept mois , la preuve de l'inripe'- « rilie, de la Iraliison du pouvoir exèeutif « vous est acquise; il est évident que ce (( malheureux pays est la victime d'une « trame infernale, ourdie afin d'ope'rer la « contre-revoUiîion. Il est deiuootië que « les blancs qui l'habilefit sont destines k « être sacrifies, pour ressusciter des prëro - « gatives justement abhorroes en France» « et l'ancien régime à jamais proscrit à « Saint-Domine;ue. S'il pouvait vous res- « ter quelque douîe, si vous pouviez être « retenus par quelque incertitxidc, je vous- « dirais; réfléchissez a la révolte de voâ « nègres, aux prétentions qvi 'ils manifes- «c tent , aux eouleurs qu'ils arborent , « au nom dont ils s'élajent ; et douiez eu- B a t^^JIVSL ( 2S ) <( ccre que îcs/an'stocralfis les aient armes, u an nom du Roi , de la torche et du poi- « gtiard. Il faut le dire; le trône et vos es- « claves^ tiennent les deux extrémités de « la chaîne circulaire qui paralyse tous vos « efforts. Qu'importe au despotisme la « turpitude de ses moyens , pourvu qu'il « tiiornplie? Qui osera l'en faire rougir? « Laisse-l-il à ses victimes d'autres vertus « t|ne le silence? Qu'importe 'aux mi- « nistres , par qui ce malheureux pays a « etë vendu, la perte de la colonie' et la « ruine de la métropole, pourvu que le « système soit anéanti? La fehcite entra- « t-elle jamais pour quelque chose dans « leurs calculs ? Qu'importe enfin à M. de « Bîanrbelande l'existence de Saint-Do- « minguf'? qu'a-t-iî fait pour comhîer l'a- « Mme sous- nos pas, et au fond duquel « il nous précipite par la perfidie et par « ses crimes? De quelle utilité est pour « nous ce ruineux ëtat-major, instrument « du pou voir arbitraire qui nous opprime? « A-t-il empêche' que nos^ campagnes ne « fussent réduites en cendres ? a-l-il ven- * gë nos hères e'gorgës par leurs affran- « chis et par leurs esclaves? Non. Que « dîs-je? ô honte! ô humiliation! Une V caste avilie , dégradée , aspire insolem- « ment à comtnander dans un pays tout « plein encore des marques de sa servi- ■M ( 29 ) « tudeî Pensez-vous qu'îTs auraient Ja- « mais osé lenîer le sort des combats, s'ils « n'avaient éîë certains d'un secours puis- « sant et efficace? Quel peut être ce so- ft cours? Sur qui les soupçons peuvent-ils « tomber? N'est ce pas sur ce pouvoir « exécutif étouflPé comme Encelade, et « faisant comme lui, par intervalles, des « efforts qui ébranlent le poids dont il est « écrasé? Mais je ne m'arrête pas aux rt probabilités j écoutez les pétitionnaires « qui sont à votre barre, analysez les dé- « marches et les actions de M. de Blan- *c chelande; maîlre de tout, pouvant, à « son gré, disposer de toutes nos forces, « quelles mesures a-t-il prises pour répri- « mer l'orgueil des mulâtres, et pour ar- « rêter le brigandage des nègres? Quel « bien ont produit ses sorties "si vantées? « Par quelle fatalité , une horde de ban- « dits, sans munitions, sans discipline, « sans courage, n'est-el!e pas encore sou- « mise ou exterminée? La fermeté qu'ils « montrent est-elle dans leur caractère? « Doit-elle leur être attribuée? Tout ne « prouve-l-il pas au contraire, qu'ils ne « sont qu'un instrument aveugle dans des « mains perfides, et ne concourt-il pas à « vousdesignerM.de Blanchelandecomme « le traître qui a été chargé de diriger cellô « arme contre vous ? B 5 SK? I ( 3o ) « Tant qu'il nous a ëtë permis de croire a à la sincërilé de ses promesses , à la pu- « rete' de ses intentions , j'ai approuve la « confiance que vous avez bien voulu lui « accorder. J'ai voie pour que le ressort « puissant de la force publique fût remis ourcourfr enfouie a la maison de M. de Blanchelande , qu'ils entraînèrent. , pour ainsi dire, de vive force a Fassembiëe. A son arrivée , le président Jui communiqua l'arrêté qui prononçait sa déchéance. Le gouverneur présumant que malgrél'iojuslicedecetordre, il serait dan- gereux , eu ce moment , d'y opposer de la résistance , déclara qu'il s y conformerait. Dans une assemblée aussi tumultueuse et dans laquelle le parti des factieux demi- ïiait avec fureur , il était difficile à la raison dese faire entendre; plusieurs membres de i assemblée , indignés d'une pareille mesure, qui pouvait entraîner les résultats les plus fLmesîes, voulurent prendre laparolepour la combattre et la faire annuler. Un d'eux , étant ex\Çm parvenu à obtenir la parole * s exprima en ces termes ; « Messieurs, je ne prétends point à l'hon^ « neur de réfater les discours de ceux qui « m ont précodé à cette tribune. Pour le epoo- • vante , je viens en demander, exiger la « suppression. » Cette déclaration parut faire queîqoe sensation, et la fermentation semblait s'assoupir. Mais le ic) octobre , au point da jour, on battit la générale; une partie de la troupe fut mise sous les armes; ce qui n'empêcha pas les prétendus patriotes de montrer la re'solution d'en venir à un coup de main , et de marcher avec du canon aux casernes, pour se saisir de M. de Caoïbe- fort. Ils s'avancèrent effectivement, pre'ce'- de's de quelques pièces de canon; les soldats indignés de l'audace et de la tentative de ces insurgés contre un de leurs chefs, montrèrent la plus ferme résolution de repousser la force par la force. M. d'Es- parbès , secouant encore en cet instant cette faiblesse et cette nulliié dont il atait donné tant de preuves, se montra au mi- lieu des troupes , l'épée à la main. « Militaires de tous grades . cria- t-il d'un « ton chevaleresque , vous qui composez la « garnison de la ville, apprenez que des fac- « tieux ont osé forcer le parc d'artillerie « confié à votre garde , et se sont emparés « des canons dont ils vont bientôt diriger « ie feu contre vous. Gelte offense faite « a votre honneur, ne doic pas rester impu- « nkt sensible comme vous à une tell® KdiSKuikiBaa ( 5o ) « injure , votre ge'nëral va vous monlrer ^e « quelle manière on doit la venger. Soyez « prêts à me suivre 5 je vais marcher à « voire tête. Après une telle harangue , on devait s'attendre que le ge'néral marcherait contre les révolutionnaires et qu'il les mellrait en fuite. Mais il perdit le tems , en voulant user de la voix de la douceur et de la paci- fication; en conséquence il se rendit à la commission civile qui avait organisé l'in- surrection, et qui fit signifier à M. de Cam- befort de se rendre sur-le- champ à bord du vaissseau l' Eole. Les rëvolulionnairesqueles commissaires avaient mis en mouvement, se portèrent aux plus grands excès. Après être parvenus à faire insurger les soldats contre leurs chefs , ils se portèrent avec fureur contre les gardes nationaux à cheval commandes par M. de Cagnon , etuncowp depistolet abattit ce commandant; imitant alors les scènes san- glantes qui se passaient alors en France, ris exercèrent mille horreurs sur son cadavre. Deux volontaires périrent à cote de leurs chefs; les autres jugèrent à propos de chercher leur salut dans la fuite; pendant plusieurs jours on les chassa comme des bêtes fauves, et leurs propriétés furenî saccagées et livrées au pillage. Comme l'intenlioa des commissaires TBrigtPT-niiTMiwaT "igr^""-^^ -'*"■ (5i ) était de tout bouleverser , presque tous îe§ officiers des corps furent embarqués pour retourner enFrance, et ils furent remplacés par des militaires qui avaient pris part à rinsurrection. Le club reprit ses séances : son premier soin fut de faire des listes de proscription , sur lesquelles furent couchés les iioms de tous les blancs, riches propriétaires. La faction anti-coloniale, c'est-à-dire, celle qui avait résolu l'expropriation et la destruction de Tespèce blanche , seconda merveilieuse- inentles projets des commissaires San- thonaxet Polverel. Ce dernier disait hau- tement que, pour être utile et salutaire, la révolution devait être totale. « il ne « faut, ajouta-t-il , avec une emphase aus- « si révoltante que ridicule , dans toutes « les magistratures, que des personnes pé- « nétrés de l'excellence de ses principes ^_ « on doit ôter les places à tous ceux qui « les ont obtenues de l'ancien gouverne- « mentj se défier, et bien plus, bannir « de la colonie quiconque, en manifes- « tant des craintes, peut être justement « soupçonné de ne pas croire aux bien- « faits de la régénération. On doit présumer facilement que des discours aussi incendiaires ne pouvaient manquer d'enflammer les esprits de toutes les têles un peu chaudes^ de tous ces fau^ (52) patriotes qn{, n'ayant tkn h pcrdlre, ont aucontraîretoutà gagner dans ie trou- ble H le désordre , et surtout de ranimer et d'entretenir l'espoir de tous !es inîrî- gans qui pullulaient dans la ville. Les oflîciers des divers régimens qui étaient au Cap, furent obligés de donner leur deœis&ion ; ils furent remplacés en grande partie par des mulâtres, protégés par les commissaires. M. d'Esparbès crut ne pou- voir mieux faire, dans cette occasion, ooe de donner sa démission , et de s'embarqier sur une frégate qui fit bientôt voile pour la l-rance.^ M. de Rochambeau fut nommé" générale la place de ce dernier. Une Ré- putation fut ensuite choisie pour afier sol- liciter à Paris l'affiliation du club du Cap avec la société des jacodins. La révolution opérée au Cap , n'était que le prélude de celles que les commis- saires Santhonax et Polverel se propo- saient de faire dans les autres parties de la colonie En conséquence, Santhonax se chargea de travailler le nord, tandis qise ^ son collègue Polverel insurgerait la pro- vince de l'ouest. Quant au troisième com- missaire, nommé Ailhaud, on l'invita â'^d' îer dans le sud, retremper les esprits à la hauteur des circonstances. Mais ce p-r- sonnage qui ne partageaitpoint les opinions de ses deux collègues , accepta cepmdmi '-JhSnmm ( 55 ) sa mission, et partit pour sa province, ponrj réfléchir à sa position, et déter- miner ce qu'il devait faire dans des cir- constances aussi critiques. La situaîioo deê affaires ne le laissa pas longterns dans î'indecîsion; car, après s'être arrête' deux on trois jours à Le'ogane, sans vouloir se rendre aux Caj'es, il prit la re'solution de retourner en France, pour inslruire le ministère de la véritable situation de Saint-Domingue. Polverel, en se rendant an Port-au~ Prince, voulait s'arrêter à Saint-Marc; mais on lui signifia d'en partir, attendu que les habjtans n'e'taient pas dans les dispositions de souffrir les scènes sanglan- tes et les proscriptions exercées au Cap, ainsi que l'établissement d'un club , propre à tout bouleverser : en dernier résultat, on se débarrassa momentanément de ce commissaire jacobin, en lui donnant une somme de 4f>îOoo francs. Arrivé au Port-au-Prince , Polverel y fut reçu avec enthousiame. Le départ de M. Ailhaud laissa à son gouvernement les provinces de l'ouest et du sud. M. de Fezenzac, commandant de cette dernièrej fut arrêté au môte, et constitué prison- nier sur une frégnle. Tout le pouvoir était passé dans les mains des deux commissaires Sanlhonais. « • (54) et Polverelj aussi en usèrent-ils avec lati- tude j et au Cap , comme au Port-au-Prince et aux Cayes , ils voulurent tout régénérer. On destituait, on incarcérait sans motif. Après avoir déplacé tous les fonction- naires publics ils établirent des taxes subventionnelles , qui étaient le quart des revenus du propriétaire. La division, à ce sujet,- se mit entre les deux commissaires; mais, après une entrevue qu'ils eurent à Saint-Marc, tout s'arrangea à l'amiable. Le prélexte de tout ce bouleversement était la révolte des nègres, contre lesquels il fallait prendre des précautions et amasser de l'argent pour pajer la troupe. Cependant comme on ne faisait rien de tout cela, le peuple se mit à murmurer : Santhonax qui, malgréson audace , redou- tait l'influence et la mobilité de l'opinion , donna l'ordre à M. de Rochambeau d'atta- quer les rebelles dans l'est et de les chasser d'Onanamyntbe. A cet effet, ce général s*embarqua avec des troupes et des muni- tions , se rendit au fort-Dauphin , se diri- gea ensuite sur le camp occupe par Jean François, s'en empgtra, etj établit un poste qui rouvrit les communications avec la partie Espagnole. On ne poursuivit point les nègres dans les montagries oii il s'étaient «nfuis, et M. de Rochambeau revint a» Cap» ^imtimsw^^stsammiÊS^SÊBs^sis^mi, (55) L'expédition clu fort Dauphin ne fit point cesser les troubles. 11 y avait trop d'aniœosite entre les deux partis, pour espérer, du repos et de la tranquillité. Les machinations des commissaires civils, l'intolérance des mulâtres, le repos dans lequel on laissait les révoltés, et enfin plusieurs autres causes qu'il serait trop long de déduire, devaient nécessairement amener une catastrophe quelconque. Elle fut accélérée par les prétentions des mulâtres , qui , non contens des concessions qu'on leur avait faites, voulurent des distinctions militaires. La commission civile, dont le but était de tout désorga- niser, accueillit sans hésitation ce qu'elle aurait dû repousser avec indignation, et malgré les remontrances des gens sen- sés, des mulâtres furent promus au rang d'officiers et aux gardes supérieurs dans tous les régimens de ligne , sans avoir passé parles grades subalternes. Ces promolions révollèrenl les soldats de tous les régimens et principalement ceux du régiment du Cap, qui manifestèrent la plus vive indignation qu'on voulût les soumettre à des affranchis dont la plupart avaient été domestiques. Cependant, à l'instiga- tion du commissaire Santhonax,les soldats des autres corps admirent pour officiers , dans tous les grades, des hommes de cou- BS.'«l% ( 56 ) hm; n n'y eut que le seul ré^lmont an A>ap, quî persista dans son refus. On en Vînt aux voies de Un. Vne fusillade s'établît au miheu de la ville entre ce reginient et les mulâtres. Ces derniers, incapables de résister a des troupes de ligne, scriireot en hâte de la v.lie , et coururent se rallier au poste du haut du Cap dont il s emparèrent, faisant prisonniers tous les flancs qui s> trouvaient; re'sultat qu'on dut prévoir , et qu'on ne prévit pas. Une grande faute que l'on commît fut rfe ne pas poursuivre les mulâtres ÎVpée dans les rems, leur ôîer le tems de se reconnaître, et de s'emparer de leurs patrons qu on aurait de suite embarqués pour ia France. Mais ce n'était pas l'in- tention de Santhonax de mettre un frein a I insolence de cette caste. Les hommes de couleur furent rappelés. Dans un dis- cours que ce commissaire prononça au champ de Mars , il les félicita sur l'énerme de leur conduite , en leur répétant plu- sieurs fois que la résistance à 1 oppression était le plus saint des devoirs. Des arrestations et des déportations fu- rent le résultat de la journée du 2 décem- bre J792; Santhonax, qui ne cherchait qu a semer la discorde entre tous les par- tis, parvint à donner à la commission €mk une autorité qui fit tout plier sous i tlMWTf .-WV! /KSS^SSë^aBBHKâiSSëâiâg^^^ié&l ( ^^^7 ) elle, et fît préjuger d'avance les malheurs [|ui devaient accabler la colonie de Saint- Domingue. En réfléchissant sur la conduite et la politique des commissaires civils, on ne pouvait se dissimuler qu'ils étaient de connivence avec les hommes de couleur et [es nègres révoltés , et qu'ils faisaient servir alternativement les uns et les autres à [*exécutioti de leurs projets révolutionnai- res. Comment avez-vous traité, pourrait- an kur dire, les homînes de couleur, per- veriis d'abord par voire macbiavélisrae , puis tour-à-tour accueillis et opprimes par vous j et les nègres , que vous avez précipités dans tous les excès , ne de- vraient-ils pas vous adresser ainsi leurs plaintes : « Vous nous avez rendus barbares et « féroces, vous avez mis dans nos mains M la torche et le poignard^ vous nous « avez dit : lucendiez , violez , massacrez , « tel est le vœu de l'assemblée nationale^ « soyez sans pitié , sans remords ; plongez u le fer dans le sein de vos maîtres; ainsi (( le veut l'autorité qui brise vos chaînes, « Produisez les villes en cendres, faites de « la colonie un vaste désert: à ce prix « i-eul vous pouvez conserver la liberté qui « vous est rendue, et que vos tjrans « s'obslincïil à VQU§ refuser. — Ignorunset (58) a faibles , comment ne pas croire aux « paroles de ceux qui se présentaienl % commenos bienfaiteurs? pouvions-nous « soupçonner leurs intentions? Et cepen- « dant vous nous avez trompes! La liberté âasSjlâ6r<< (75) c Sophie qui Ta créée ne sera plus une « science sle'rile, une spéculation impuis- a santé. Ljcurgue, Solon, Numa , n'ont ¥ e'icf que des ignorans, des fourbes ou « des v'i».io(inaiie> ; Charlernague , Char- « lesV, Louis IX, Henri IV, Louis XIV^ « que des despotes dont la me'moire et « les lois doivent être ^n horreur. Ils (( voulaient régner par les pre'juge'sj ils « pre'tendaient que Je corps politique « devait reposer sur la propriété'; pe'risse « ce s^'Stêaieî La liberté la plus illimite'e, « re'galite la plus rigoureuse, voilà le « véritable patrimoine, les seules richesses « de rhomme! Non, quoi qu'en disent M tous ses détracteurs , il n'est pas ne' pour « vivre dans une stupidité profonde. Ce « qui le distingue de brutes, ce sont ses cf passions. Piéveillons leur activité, bri- tt sons le frein de nos lois barbares qui le « compriment, et que, renluà lui-même, ce dégagé de ses vieilles^ idées, guéri de « toutes les superstitions , maître unique c de ses volontés, digne enfin de U na- « ture qui le créa indépendant et libre , il « jouisse de la plénitude des droits que « peut comporter son être. «( Et vous, classe jadis humiliée sous le « nom de petits brancs, vous qui, comme « les autres citoyens, av* z des droits « imprescriptibles à réclamer^ vous qui , S t. "Dominique, £ . .^ 74 ) «f non moins avilis et méprises qu'eux ps « les superbes planteurs, devez trouve « dans votre re'union la force de venge « des injures communes; connaissez vc « véritables intérêts. Vous n'avez qu'à 1 « vouloir, etvoussorlirezde î'ëtatd'opprc ce bre dans lequel vous retient impitojabb M ment celte caste orgueilleuse. Oui, nu « amis , désirez d'être riches , et vous ] « deviendrez; osez vouloir être puissans Onpeutaiséments'imaginerrimpressio i que devaient faire sur les mulâtres et U " iîiègées de pareils discours, et la conster ' nation qui dut se répandre parmi les persor ïîes qui ne voulaient que Tordre et la trar ^ qoilîilé. Un des articles du Moniteur qi -s'imprimait au Cap, et qui était sons l'in fluence des commissaires, publia que 1 jour d'une grande révoîulicn était prè d'arriver : « En vain , ajoutsit-il , les roja « listes se flattent d'un changement ^ « « soupirent après l'apparirion d'un pavii « Ion étranger, qu'ils sachent que le pre « mier coup de canon tiré sur le territoir « de Saint-Domingue , retentira dans lot «( le golfe du Mexique, et sera le sigu£ —Il ■ I I M (■75 ) c die la porte ^es Antilles pour FEurope. A celte époque , l'adjudant gênerai Gal- )aud , frère du gouverneur gênerai , s'était jerriiis quelques propos contre les corarais- iaires. Ces derniers n'y furent pasinsensi^ îles, mais ils dissiœulèreut pour le mo- nent leur ressentiment, se promettant >ien de s'en venger à la première occasion favorable. Mais il était important pour les :ommissaires , avant tout , d'arracher cet adjudant des camps et postes qu'il com- nandait, et de l'attirer au C^p où il ne eur serait pas difficile de le calomnier, et [e le livrer à la merci de ses ennemis. Le frère du gouverneur ge'ne'ral avait la confiance de tous les militaires, parce qu'ils avaient reconnu en lui des talens , de la fermeté et du courage, et surtout une opposition bien déterminée aux opinions et aux actes des commissaires. Le gou- verneur général avoit commis beaucoup de sottises , son frère pouvait les réparer, mais on ne lui en laissa pas le tems. Un événement inattendu prouva que les commissaires, beaucoup plus adroits ou plus audacieux que leurs adversaires , sa- vaient agir quand ces derniers perdaient le tems à délibérer. On apprit au Cap que la commission civile avait fait arrêter et conduire aux prisons de Saint-Marc M. Duquesne, ancien officier de la ina- ^ E2 ^ ■w i ( 76 ) rîne, et propriétaire aux Gonaïves, où commandait un corps Se volontaires. Le motif de son arrestation, a^lle'gi par les commissaires, ëlait d'avoir ù fusiller, de sa propre autorité , quatre bf gands, pris les armes à la main, au li< de les renvoyer pour être juge's , devant i tribunal spécial institué depuis quelcju jours par Santhonax. Cet abus d'autorité révolta tous les oH ciers, l'adjudant-général Galbaud, et su tout la paroisse des Gonaïves dont i gardes nationaux indignés voulaient transportera Saint-Marc, pour enfono les prisons, délivrer leur capitaine et soustraire au tribunal qui devait le juger. Une démarche aussi violente pouv3 entraîner des conséquences dangereuse! on préféra envoyer un député au Caj poursonrîer les dispositions du gouvernei général, à l'instant où les circonstanc présentaient quelques chances favorables pour entraver les dispositions hostiles é commissaires. Ce député eut une couf rencp avec l'adjudant général Galbaud dans laquelle, après avoir fait un tabler véridiquedu despotisme des Cimmissairpj et de leurs procédés aussi iu justes que cr îninels envers les principaux officiers mil îaires de 3aînt-Poiainguej il se rosmm aiasi : ik^ s^ss^sa^mmi^MsssssB^mù _ ( 77 ) « Voilàlefruit delà faiblesse! Le système de la modération a perdu tous los géné- raux. Vous êtes perlus, vous et votrç. frère, si vons suivez leurs traces. En vain vous soumetlrez-vous à deve^iir l'ins- trument des barbares desseins de nos communs ennemis; vous ne leur ins- pirerez aucune confiance. Le seul moyen d'éviter votre ruine, qn'ils ont dëja ju- re'e, c'est de vous rendre forts et redou- tables. Vous trouveriez cet avantage aux Gonaïves : les troupes, les habitans, leur fortune, tout est à vos ordres, on n'attend que vous. Venez, par votre f)re'seace, sauver Tinnoctnce et la va- eur opprune'es dans la personne de M. Duquesnt^; faites cesser le scandale de voir deux mise'rables ergoteurs en imposer à tous les ge'ne'raux j vengez la morale, la probité', la justice, auda- cieusement foulées aux pieds par deux scélérats dignes des derniers sup[)Uces. Délivrez enfin la colonie gémissantf sous le plus bonlf-ux esclavage, et dont vous et M. le général êtes la dernière espérance. » L'adjudnnt général, sans s'expliquerposî- 'ement, donna à entendre au député, l'il serait urgent, avant de faire ar.cune ntative, de connaître l'epinion politique :s habitans de la paroisse des Gonaïves i ES '^ * ( 7^ ) «( Elle n'est pas douteuse, fui repîîqui « ce dernier, nous sommes tous royaliste « et par conséquent gens d'honneur (i) « au défaut du succès, il nous reste ud « ressource; les Espagnols nous donne « ront asile, nous en avons l'assurance. M. Galbaud, attaché au nouvel ordr èe choses, ou par principe, ou par intérêt fut surpris de cette proposition , et aprè un moment de réflexion il s'établit entr U député et M. Galbaud le dialogue sui vant : « M. Galbaud. J'ai été retenu quel « ques instans par la différence de ne « opinioïîs; mais, tout bien considéré « cet obstacle n'est pas invincible ; on n'e« « pas toujours d'accord quaud on veut 1 « bien. Néanmoins, je dois vous déclare « ici que l'intervention des Espagnols ei « une chose à laquelle il ne faut plus per « ser. « Le Députe'. Et pourquoi se prive « d'un appui aussi utile ? « M. Galbaud. Nous avons sur ceti « puissance des desseins incompatible (i) Rojalîste et homme d'honneur % ces (îe« mots ne sont pas synonymes; la révolution fran caise nous a appris ce qu'on «levait penser de c< roj^aiisies , hommes d' honneur i ssss^^i^ i^3ÊEiS^S;^â^ù { 79 ) K avec ceux que vous proposez; elle doit «être la preiDière punie de la coaiiiioo « formée contre la France. « Le Député. Comment ? « M. Galbaud. En s'emparant de son « territoire. « Le Député. Vous attendes donc de « grandes forces; car une guerre nouvelle « avec les Espagnols, lorsque nous ne « sommes pas en ëtat de resisler aux escla- « ves , me parait une folie aussi absurde « que dangereuse. « M. Galbaud. Pas aussi absurde que vous le pensez ; est-il imposible de réunir tous les nègres révoltes, en les, rendant libres, d'en faire une armée formidable, appelée à la conquête de l'île entière et à de plus hautes destinées; « Le Député, J'ai bien entendu parler « vaguement d'une entreprise à peu près « pareille, mais je n'ai pu croire qu'on « désirât sérieusement la mettre à es-ecu- « tion. Je ne me serais pas doute que vous, « colon, voulussiez concourir à un plan « forme par les commissaires, et qui sans « rien changer au cours des e'venemens <( d'Kurope, vous ferait exécrer de la « colonie dont vous auriez cause la perle. « M, Galbaud. Yous vous abusez; les èreiit à l'exécuter. L'indiojnation était à sou comble, et^ans ^lus balafÈcer, l'ne troisièine deputatioa se rendjt auprès des commissaires, escor- tée déplus de reul marias , bien dele rmi- aiés à enlever dans l'in^iant mente Saniho- uax et Polverel , s'ils s'obstinaient à refu- ser la leveo de la cousigue. Cf-s derniers eureni peur ; voyant qu'ils avaient pris une fausse mesure , ils voulu- rent l'excuser, en avouar.t qu'ils avaient «te trompes par de faux rapports 1 1 des soupçons injustes contre \ps étais-majors ^es vaisspaux; et qu'ils s'efforcerai< nt de %>e oublier les uns et les autres par des témoignages d'.stime et de confiante ; t€ ou doit, ajouièrent-iîs avf>ç une pro- « fonde hypocrisie , croire d'autant plus ^ à notre siritériié, que, d'après les lumiè- « res rëceujment acquises , nous n'avons f pas attendu l'arrivée de la députation « pour lever une consigne dont le ci- € visme éprouvé des officiers de la ma- « fine avait eu raison de s*indigner, » Cependant la conjuration tramée par les marins dans la rade, se suivait îou- ^M^X»«iii ilm'iiJiSW ssma^sss^esii (85) jours avec chalenr. Les contre-amiraux paj'ës pour ne pas s'en rapporter à la bonne foi et aux protestations de Santho- nax et Polverel , et re'voltës de l'audace sans cpssc croissante des mulâtres , e'iaient bien re'solus a en venir à un coup de main, pour mettre fin à une lutte depuis long- tems prolonge'e entre eux el les commis- saires. Un éve'nement impre'vuhâta le moment de l'insurrection. Un matelot attendait k la cale la chaloupe de son bord ; atta- qué par trois mulâtres , il se de'fendit cou- rageusement. Mais que peut le courage contre le nombre el la force des assaillans ? Prêt à être assommé par ces misérables ^ il alla se réfugier dans la boutique d'un tailleur ; ceux-ci Vy poursuivirent , et se mirent en devoir de l'en arracher. Le tail- leur témoin et indigné d'un pareil achar- nement , prit la défense du matelot. Les mulâtres , sans avoir égard à s«s prières , et toujours plus forcenés , s'apprêtèrent à forcer l'entrée de sa maison. Celui-ci crut devoir opposer de la résistance , il prit son fusil , cro)^ant leur en imposer. Les mulâtres abandonnèrent alors le matelot , pour se jeter sur son défenseur , qu'ils dë- sarmèrentfacilement, son fusil n'étant pas chargé 5 et non contens de l'injurier , ils lui portèrent plusieurs coups de sabre ^ m ( 86 ) dont les blessures l'obligèrent à aller à l'hô- pital, oii il resta deux ou troisinofs. Cet attentat , dont ou ne poursuivit point la punition , fut le signal de l'insur- rection. La fureur des matelots était à son comblej et les murmures du peuple sefi- lent entendre de toutes parts. Le gênerai Galbaud, instruitde tout ce'qui se passait au Cap, et témoin de la fermen- tation qui agitait les marins dans la rade , après un entretien avec le commandant des forces de mer , crut que le moment était arrive de commencer les hostilités. En conséquence , il publia une proclama- tion , dans laquelle il exposait les motifs qui le déterminaient à résister aux commis- saires , et à reprendreune autorité dont ces derniers l'avaient dépouillé injuste- ment. Bientôt on le vit arriver à bord à\i Ju- piter , avec son frère, suivi de quelques soldats. Son premier soin fut de haran- guer les matelots de tous les bâtimens de guerre et de commerce qui étaient en ce moment rassemblés sur ce vaisseau , et d'énumérer les griefs qu'il avait contre les commissaires , et de manifester ensuite la résolution de se venger d'eux. L'adjudant général Galbaud prit ensuite la parole , et dans un discoures travaille' avec art , il récapitula les crimes des com* l. ( .87 ) iP.îssâïres , en invitant les équipages è se- coiB^er leur entreprise , qui tendait avec le GOBCOurs des blancs , à les souslraire iom aa joug dont on voulait les accabler } ptais il s'écria: «Vous le devez d'autant plus que « France vous a confie le soin de défendre w sa colonie la plus importante. Non , «r-rotts ne tromperez pas soB espoir ; l'bon- « oe?ir du nom français ne sera pas fîelri a par vous. Je ne parle pas de vos injures « personnelles. Si le despotisme de nos « communs ennemis s'était borne à des «outrages qui vous fussent particuliers ,- «je vous engagerais à faire au public le 0 sacrifice de votre ressentiment. Mais ce « B^est pas vous seuls qu'ils oppriment ; « îeur tyrannie pèse également sur tous « les colons. Ils tendent à l'entière snb- « version de cette île malheureuse. Mon- « !rez-vous donc les défenseurs d'un pays « cjuedeux monstres cberchentà détruire, cf et soyez surs que vous trouverez autant e de personnes qui applaudiront ou con- m courront au succès de vos efforts , qu'i! « j a de blancs en France et dans la co- te lonie. » Ce discours fit la plus vive impression sxïv les marins et les matelots des divers bâtimens , qui , comme nousTavons déjà dit , étaient rassemblés sur le vaisseau ^1 KJSiMutB^uam ( 88 > amiral. Ceux-ci deretourdansleurs navires respectifs, rapportèrent ce qu'ils avaient vu et entendu. De cet instant , les équi- pages^ de tous les bâlimens en rade , suivi- rent l'exemple de celui du Jupiter; les commandans de tous les navires ajant été mis en arrêt dans leurs chambres , M. Gal- baud commanda seul en rade. Ce général ajant convoqué une assem- blée des capitaines des bâtimens mar- chands, leur tint ce discours : « Je ne vous retracerai poitit ici tous les tt attentats des commissaires contre la co- ït lonie et surtout conîre les marins , vous « les connaissez aussi bien que moi-même. u Le moment estarrivé de nous affranchir « du joug de ces despotes , accourus de la « métrople pour ravager St.-Dominguc ; (Cils ont juré notre perte, c'est à nous à « la prévenir ; le moindre retard prolon- « gerail le danger: vous êtes tous intéres- « ses à faire cesser un ordre de choses qui « compromet votre sûreté et celle delà « colonie : j*ai donc lieu d'espérer que « vous me seconderez dans une entreprise « aussi juste qu'indispensable , par vos avis « et par votre assistance : la résistance à « l'oppression est le plus saint des devoirs.» Cette harangue produisit relfet qu'on devait alors en attendre. Tous les capitaines offrirent au général leurs équipages pour une entreprise dont le succès devait as^ l r 89 ) ^ surer le bien et les intérêts ^e tous. TTii des capitaines prit ensuite la parole, et s'exprima ainsi : « Assez et trop long-tems nous avons « gémi sous le despotisme des commis- « saires ; le jour qui doit éclairer notr» A affranchissement est enfin arrive' j et « comme Ta très-bien dit le j;e'néral , « nous n'avons plus à consulter que notre « courage , pour nous délivrer de la fyran- « nie de proconsuls barbares , et qui n'ont « de l'homme que la figure. On va nous . « traiter de rebelles; mais où il y aoppres- « sion,il n'y a point de rebrliion ; et la « vengeance doit enfin atteindre ceux qui « ont viole' les droits les plus sacre's de « rhumanile'. » D'après loxaspe'ration des esprits, tout senib'a favoriser l'entreprise du ge'ne'ral Gill>aud. On if^norait a!>soIiiment au Cap ce qui se passait dans la rade, les com- munications :ty:in\ e'téinterrompues depuis deux jours entre la terre et la mer. Que faisaient pendant ce temps les com- missaires? Ils parurent ignorer la conjura- tion qui s'elait tramée dans la rade , persua- dés qu'elle ne pouvait tourner qu'à la perte des conjure's. Cependant, le 20 juin i7()5(i), tous les (1) Tous les détails qui suivent, sont extraits d« Moaiicur de Saint-Domingue, année i79i« 9 ( 90 ) bâîîmens marchands ayant reçu Tordre de se retirer au fond la baie, on vit s'avan- cer les vaisseaux le Jupiter et VÉole qui s'embossèrent devant le Cap. A la vue de ces deux vaisseaux prêts à foudroyer la ville, et d'une foule d'embarcations char- gées de soldats et de matelots armes , l'effroi et la consternation se répandirent dans toute la ville. Ils redoublèrent, lors- qu'à trois heures après | midi le gênerai Galbaud fit tirer un coup de canon, et hisser un pavillon bleu, signal convenu de départ des troupes; lui-même s'embar- qua dans une chaloupe; son frère le suivit <3ans un grand canot. Une multitude d'autres embarcations parties en même tems de tous les bâtimens , allèrent aux différen- tes cales qu'où leur avait indiquées M. Galbaud descendit sans obstacle aux cris mille fois répétés de vive la nation , et marcha aussitôt vers la maison du gouver- nement. Pendant qu'il s'avançait par les rues du Conseil et de Sainte-Marie, une colonne commandée par un officier de marine montait par celle Notre-Dame. D'un autre côté , l'adjudant général Gal- baud se porta vers le champ de Mars , où ayant trouvé les mulâtres , il les attaqua et les mit en fuite: mais il paya cher ce succès; car , ayant donné dans un piège dressé par îa trahison , et qu'il aurait pu éviter , iî fat désarme et conduit au gouvernement , l ( 90 «Coù les commissaires le firent traîner chargé de cbaînes an Haut-Cap. Pendant que ces evénemens avaient lieo a« cbamp de Mars , la colonne conduite |>ar le général Galbaud , parvenue a la place Monstarcber , aperçut les volontaires C f|o'etfe prit pour des ennemis. Ceux-ci fusillés d'un côté par les mulâtres postés an coin du couvent des religieuses et^ dans le jardin du gouvernement, et de l'autre |>ar îa colonne do général Galbaud, furent «bligés de céder le terrain à la colonne de M. de Beaumont^ officier de marine. Celui- força la grille du jardin , et dispersa les ïïîRÎâtresj' parvenu à la seconde grille, il csîallait francbir le seuiV, lorsqu'il fut at- teint d'une balle qui lui fracassa le genou, st» moment où il allait se rendre maître des commissaires; ceux-ci se crurent uri Bioment perdus sans retour, et Polverel partait déjà de fuir ou de se rendrej mais Sai*tbonax , plus ferme et plus résolu , jugea ^'36 îes eboses n'étaient pas aussi déses- pérées que le croyait son collègue , et que cette multitude indisciplinée se disper- serait d'elle-même , si on résistait à son premier cboc. Ce qui confirma qu'il ne s'était point trompé dans ses conjectures , cVst que la colonne de M. de Beaumont ^ privée de son cbef, se mit aussitôt en re- traite. Les matelots regagnèrent en cou-» m % '-" Wk', (9!^ ) rant le bordée la mer. Les volontaires , qui s étaient portes au champ de Mars pour soutenir l'adjudant-general Galbaud. dont ïls Ignoraient la défaite et l'arrestation, se vojrant fusilles par les mulâtres embus^ ques dans les maisons voisines, ayant perdu leur chef et trois des leurs , crurent devoir faire un prompte retraite, et de retourner au bas de la ville, pour s'ins- truire û^% ëvenemens, et recevoir des ordres payant trouvé le général Galbaud a arsenal dont il s'éfait emparé, ils se rallièrent à sa colonne. Ce général, maître de J arsenal . ayant à sa disposition l'artille- ne, les munitions, \t% vivres, et conservant ses communications avec la rade , était dans une position très-favorable ; mais naturellement inepte , il ne sulpas profiter des avantages du moment. Les commis- saires , plus habiles que lui , résolurent de trapper enfin nn coup décisif. Dans un coriseil qu'ils tinrent, il fut arrêté qu'on opposerait les noirs aux blancs , en enrôlant tous les esclaves de bonne volonté^ ceux même des prisons furent armés dans la nuit, et on leur fit jurer de défendre les commissaires contre les arristocrates cour prix de la liberté qui leur futaccordée al instant. Ce qui contribua le plus aux succès qu'obtinrent Sa nihonax et Polverel lut I apathie des habitans du Cap. PI3S^S ^^l^^^i ( 95 ) Quoi qu'il en soit, les deux partis se pre'j)arèrf;nt à en venir une seconde fois aux mains ; le gëne'ral, après avoir rallie' ses troupes, et fait ses dispositifms militaires tant bien que mal, se mit en marche, et s'avança dans la ville. Quniqu'à la tête de forces imposantes, il commença à e'prouver de grandes résistances : chaque rue, chaque carrefour devin' le the'âtre d'un combat^ d« toutes les maisons pnrfait une fusillade non interrompue qu'il fallait taire taire; ce qui gênait tous ses mouvtmens, et arrêtait rimpe'tuosité de ses troupes. Néanmoins, ajant pousse' jusqu'à la place d'armes , le ge'neral Galbaud fut attaqué vivement par les mulâtres er les troupes de ligne, qui s'e'laient alors range'es du côte' des conjmis- saires. Au premier choc les matelots se de'- bandèrent, et sourds à la voix de leurs chefs qu'ils abandonnèrent lâchement, on les vit courir aux magasins qui furent livres au plus affreux pillage. Les soldats de la ma- rine suivirent l'exemple des matelots; le reste de la colonne du ge'ne'ral Galbaud , ne se voj'ant plus scconde'e par ces der- uiers, se replia en de'sordre sur l'arsenal, après avoir perdu un grand nombre d'hom- mes. Tout n'était pas encore de'sespere', si le ge'ne'ral eût su conserver son sang-froid. Mais soit lâcheté', soit tçrreur panique j, ^ ( 94 ) il prit îui-mcme la fuite, et courut vers îa cale, en cnaot que tout était perdu sans ressource^ et bientôt abandonnant sa petite armée, i! gagna avec la plus grande préct- pitalioo le rivage. Dans la situation déplorable oùsetroa- vait 1» ville , il n'était giières possible d'ar- rêter le maL Néanmoins, plusieurs colons, s'ima^inant qu'il y avait encore du remède, voulurent, maigiré l'absence du g^îéral, faire de nouvelles tentatives pour se reri- dre maîtres de la ville: eiîorts impuissans ! La confusion régnait partout, et l'ardeuf seule du pillage animait les soldats et les matelots qui, chargés de butin , ne parlaient que de retourner à bord. Tout devait faire présumer que le géne'- ral Galbaud reviendrait à terre, ne fut-ce que pour ordonner et diriger une retraite devenue indispensable. Onse trompa j vai- nement lui représentation que les blancs étaient repoussés partout: il fut sourd à tou- tes les représentations^ on lui démontra la nécessité de faire une troisième tentative; ïl persista à restera bord, sans s'inquiéter des raaiheurs qui allaient fondre sur la ville du Cap. Tout ce qu'on put obtenir de lui, ce fat de le décider à revenir sur le Jupiler\\k i! semitàharanguer l'équipage et à lui débiter toutes les soltises révolu- ^^!^^m i^s^gsîù . ■ . (95) tîonnaires accoutumées, comme ilTavait fait pre'céclt^miïient. Tout autre homme, dans la situalîoo critique oli était réduite la viiîe du Cap , eût pris des mesures énergiques propres à faire cesser les desastres affreux dont elle elait menacée; il se contenta d'ordonner àes renforts pour le poste de Tarsenal. Tandis que l'on se contentait de ha- ranguer et de délibérer, les commis- saires faisaient donner l'ordre aux Doirs d'incendier îa ville et de massacrer tous les blancs sans distind.ion d'âge et de se:se t c'est le vœu, disaient-ils, de la France et de ses délégués. Cet ordre n'eut pas besoin d'être répète : on vit soudain les nègres et les muiâlres s'elanccr dans les maisons, la torche d'une main et le sabre de Faufre; mettre le feu aux meubles et aux matières ïes pliis combustibles, et égorger impitoya-^ bicment tous ceux qui, par la fuite, 'ne s'étaient pas dérobes à Itur fureur. Bientôt des colonnes d'une fumée épaisse et noirâtre annoncèrent au loin les ravages de l'incen- die. En moins de deux heures, les rues de Vaudreuiî et d'Anjou furent dévorées par les flammes. Tout faisait présumer que l'incendie ce.s=. serait à la Fossette^ faute d'alioiens; maig on fut craellement détrompé, car sur le soir u!îe brise violente viut donner aux m .. (90 ) flammes une directiou nouvelle et une activité si effroyable, que toute la ville du Cap ne parut pluà qu'un vaste embrase- ment. « Quel spectacle affreux! s'e'crie un des « te'moins de ce de'plorable incendie, « bientôt les ténèbres de la nuit disparurent « devarit cette clarté funèbre. Des vais- u seaux de la rade où ils s'étaient réfugiés, Cf dpsmornesquHIscherchaicnt à gravir, les « infortunés colons entendaient le bruit da «r canon, les hurleniens des esclaves ré- (c voltés , la cbûte de leurs maisons consu- (i niées par les flammes , et les crislamen- Le troisième roi dont voulait parler Ma- «aya, était celui de Congo. Dans nos "colonies, le» n'erres ne reconnaissaient que les roi» de Fraoeej^ d'Espagne et de Congo. ( ïo4 ) u ceux qui, conduits par ^jne e'foiîe, « avaient ëte adorer l'horarae Dieu, ne « peuvent pas se faire de guerre entre ït eus. Les principaux chefs des nègres, Jean- François, Biassouj Toussaint-Louverlurc, proclamèrent que, loin d'accepter la liberté (|ui leur était offerte par les comraisaires , iîs vengeraient le sang des victimes que ces proconsuls avaient si impitoyablement verse. îîs tinrent parole : Jean François et Bîassoo fsrentîa conquête, pour l'Espagne, clés paroisses de l'est et de l'ouest, que jusqu'alors ils avaient défendues. Le camp de la Tannerie fu? enlevé par Jean-Fran- çois , et le mulâtre Lesec se rendit maîrre de celui qui porîait son nom dans la paroisse des Ecrevisses. Une chose digne de remarque, c'est que les commissaires étaient obliges de corn- l>attre les nègres pour leurs faire accepter la iîberte; ce qui contrariait leur projet, celai d'opërer une grande révolution dans Jes Antilles. Néanmoins iîs en vinrent à hout , lorsqu'ils proclamèrent que la resis- laoee des esclaves à l'oppression , était un <3roit inaliénable qu'ils n'avaient jamais pu yjerdre. Quoi qu'il en soit, Sanfbonax, Polverel, etDelpech, qui exerçait aux Cajes, les jonctions de coii aissaire civil par un iMilH'Wi ' i|'i g^^^ ifSSS^^s^^smssTf, ( io5 ) décret spécial de la convention, n'e'taient pas toat à fait d'acaord sur l'epoqne et la manière de proclamer la liberté' des nègres. Santhonax, qui était au Cap, aspirant à l'honneur de montrer l'exemple, fit le premier une 'proclamation , où la liberté gene'rale n'était pas absolument restreinte, quoiqu'elle fût à un certain point con- ditionnelle. Polverei , au Port-au-Prince , se montra moins empresse'; il ne dissimula pas à Santhonax, les doutes qu'il avait sur la lé- galité' de celte mesure. « Avez-vous e'të libre, lui e'crivait-iî, de « ne pas la prendre? Quelle liberté que u celle des brigands! quelle e'galite' que « celle où règne la seule loi du plus fort ! « Quelle prospérité peut-on espérer sans « travail , et *{uel travail peut-on attendre « des Africains devenus libres , si vous n'a- « vez pas commencé à leur en faire sentir « la nécessité, en leur créant âes jouissances « qui, jusqu'à présent, leur étaient in- « connues » Cependant Polverei ne laissa pas que de reconnaître aux esclaves les droits du ci- toyen dans toute la latitude du mot , et par une proclamation leur promit de leur assurer des propriétés par le partage des terres ; ce qui était une espèce d'échan- tillon delà loi agraire. •^ ( ïo6 ) peîpech écrivit, le 8 août, à Polverel qui lui avait envoj^é ses proclamations : « Je n'adopte ni vos mesures, ni celles « de Sat.'thonaxj je suis convaincu que la « commission civile n'a pas le droit de « changer le régime colonial, et de don- « ner la liberté à tous les 6sclaves^ que ce « droit n'appartient c^u'aux representans « de la nation entière, qni ne nous l'ont « pas déiëgue'. La proclamation de San- « thonax et la vôtre, adopte'es purement « et simplement, me paraissent devoir « entraîner de grands desordres, surtout « la première. Cependant elle est un coup « d'ëier iricité dont il est impossible d'arrê- « ter la coL^motion , il n'y aura plusmojea ^i WM mM -^«^eséié^MJ